Arrêtons d’essayer de nous réparer ou de nous sauver les uns les autres. Aimons-nous plutôt.
J’aurais aimé lire ces mots plus tôt.
Parce que si tu te reconnais, toi aussi, dans cette âme de sauveur qui veut réparer ceux qu’elle aime, je sais à quel point ça peut faire mal de voir l’envers du décor.
Moi, je l’ai joué à fond, ce rôle-là.
Avec ma compagne, surtout.
Je croyais l’aimer en la comprenant, en analysant ses blessures, en lui parlant de guérison, de spiritualité, de traumas, de développement personnel.
Je croyais “aider”.
En réalité, je ne supportais pas de me sentir impuissant face à sa souffrance.
Alors je m’agitais.
Je donnais des conseils, des pistes, des outils, des clés.
Je voulais qu’elle aille mieux… mais à mon rythme, dans ma vision.
Peut-être que tu connais ça, toi aussi.
Tu es sensible, tu captes tout, tu veux apaiser, soutenir, inspirer.
Tu ne supportes pas de “ne rien faire” quand l’autre va mal.
Alors tu deviens celui qui explique, qui montre, qui “éveille”.
Et pourtant, un jour, j’aurais aimé qu’elle puisse me dire clairement ce message (inspirée de jeff Foster) :
« Arrête d’essayer de me réparer. Aimes-moi plutôt.
Sous couvert de ta « gentillesse », de ta « bienveillance » et de ta « spiritualité », je me sens étouffée, rejetée, humiliée et complètement délaissée quand tu essaies de me réparer.
Je me sens abandonnée dans ton amour, tu comprends ?
J’ai l’impression que tu ne te soucies pas vraiment de moi, même si, en apparence, tu fais tout pour m’aider. Au fond, j’ai l’impression que tu as une image préconçue de ce que je devrais être. Ta vision. Pas la mienne.
Ça ressemble à de l’amour, mais pour moi ça ressemble aussi à de la violence. Tu comprends ?
Je sais que tes intentions sont bienveillantes.
Je sais que tu veux vraiment aider. Tu veux te rendre utile. Tu veux soulager la souffrance des autres quand tu la vois. Tu veux encourager, éveiller, prendre soin, éduquer, inspirer.
Tu crois sincèrement être quelqu’un de positif, compatissant, altruiste, gentil, bon, bienveillant, pur et spirituel.
Mais je veux que tu saches, honnêtement, mon ami, que je me sens profondément mal aimée quand tu essaies de m’« aimer » de cette manière là.
J’ai l’impression que tu cherches surtout à apaiser tes propres tensions en essayant de me réparer.
Je me sens traitée comme un objet cassé qu’il faut remettre en état.
S’il te plaît, n’essaie pas de me réparer.
Je ne suis pas cassée.
Je ne t’ai pas demandé de solutions.
Quand tu fais ça, tu réveilles en moi des sentiments d’indignité, de honte, d’échec… parfois même des pensées très sombres.
J’ai l’impression de devoir changer pour te plaire, me transformer pour apaiser ton anxiété, me “réparer” pour enfin mériter ton regard complet. Et je sais que je n’y arriverai pas, surtout pas dans le délai intérieur que tu sembles exiger.
Tu me mets dans une impasse quand tu veux me sauver. Je me sens tellement impuissante.
Paradoxalement, dès que tu cesses d’essayer de m’« aider », tu me rends le plus grand service.
Parce que, moi, j’arrête d’essayer de changer pour te satisfaire.
Je commence à me sentir en sécurité, respectée, vue, honorée telle que je suis.
Je peux de nouveau sentir ma propre force intérieure.
Je peux recommencer à me faire confiance, comme tu me fais confiance.
Je peux enfin me détendre profondément.
Je redeviens un être vivant à tes yeux, pas un projet de développement personnel.
Arrêtons d’essayer de nous réparer ou de nous sauver les uns les autres. Aimons-nous plutôt.
Alors mes sens s’éveillent.
Des énergies de guérison émergent du plus profond de moi.
Je me sens plus légère, plus libre, délivrée de ton regard qui me juge et me corrige.
Je me sens respectée, pas humiliée.
Ton attention bienveillante imprègne toute mon expérience, même les aspects désagréables.
Sans ta pression, sans ton exigence que je sois différente, guérie, transformée, illuminée, éveillée, “meilleure”, je peux enfin mieux me voir.
Je peux découvrir mes propres ressources intérieures.
Je peux ressentir ma propre présence puissante.
Je me sens assez en sécurité pour laisser circuler librement mes vrais sentiments, mes pensées, mes désirs, et les exprimer, pour assumer ma vision des choses.
Je ne me sens plus étouffée, plus victime, plus petite enfant face à ton “adulte expert”.
Le guerrier courageux en moi se réveille.
Je respire plus profondément.
Je sens mes pieds sur terre.
Tu m’aides tellement plus quand tu cesses d’essayer de m’aider, mon ami.
J’ai besoin de mes propres réponses, de ma propre vérité, pas des tiennes.
Je veux un ami présent et authentique, quelqu’un qui me soutienne dans mon propre processus de guérison, pas un expert, pas un sauveur, pas quelqu’un qui veut me détourner de mon chemin pour me mettre sur le sien.
Et tu vois, quand tu essaies de me sauver, tu t’abandonnes en réalité toi-même ?
Tu fuis ton propre malaise, ton propre manque, ton potentiel inexploité, et tu te concentres sur le mien.
Je deviens ta principale distraction.
Je ne veux plus être ça pour toi.
Arrêtons d’essayer de nous réparer ou de nous sauver les uns les autres. Aimons-nous plutôt. »
Et peut-être que, comme moi, tu as besoin d’entendre que :
Tu n’as pas à réparer les autres pour être digne d’amour.
Tu n’as pas à sauver qui que ce soit pour exister.
Parfois, le plus grand acte d’amour que tu puisses poser,
c’est d’arrêter d’essayer d’arranger l’autre
et d’oser rester simplement là, avec lui,
tel qu’il est,
tel que tu es.
Sans te fuir toi-même.