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jeff foster acceptation : la liberté authentique ne se trouve pas en fuyant l’expérience présente, mais en plongeant sans peur et sans réserve dans ses profondeurs cachées. Et c’est ainsi, à l’intérieur de nous-même que nous découvrirons peut-être toute la paix, tout l’amour et toute l’acceptation profonde que nous cherchons depuis toujours « dehors, à l’extérieur de nous-même »

La grande liberté se trouve dans la confrontation avec la noirceur et dans la réalisation que cette noirceur est inséparable de la lumière

Elle se trouve aussi dans la prise de conscience que ce que nous recherchions depuis toujours se trouvait aussi caché au cœur même des pires peurs que nous pouvions porter. Pour paraphraser Thomas Hardy, s’il y a une voie vers l’amélioration, elle se trouve dans un regard direct sur le pire – et dans l’acceptation profonde à cet endroit même.

Notre souffrance est directement proportionnelle avec le degré de notre coupure d’avec cette complétude de la vie

J’ai commencé à perdre tout intérêt à prétendre être quelque chose que je n’étais pas. J’ai commencé à perdre aussi tout intérêt à résister à l’expérience de l’instant. J’ai commencé à tomber amoureux de l’expérience du présent. Je découvrais l’acceptation profonde inhérente à chaque pensée, à chaque sensation, à chaque sentiment et ma souffrance a commencé à se dissiper. Je réalisais qu’il n’y avait rien qui n’allait pas me concernant, et que cela avait toujours été le cas.

Et je vois de toute évidence que beaucoup d’êtres cherchent. Ils essaient de fuir ce qu’ils ressentent et ce à quoi ils pensent dans l’instant. Ils résistent profondément à l’expérience du présent, mais ils ne prennent pas conscience de ce qu’ils sont en train de faire. Alors ces êtres qui souffrent ont l’impression que cette souffrance ne fait que simplement arriver, comme si elle arrivait de l’extérieur d’eux-mêmes, et qu’ils en étaient les victimes. S’ils réalisaient et prenaient la pleine mesure de leur résistance à l’instant, ils n’auraient plus besoin d’utiliser toutes sortes de théories pour expliquer ou justifier leur souffrance. Ils ne blâmeraient plus la vie, ne se blâmeraient plus eux-mêmes, ne blâmeraient plus les autres, ou ne blâmeraient plus les circonstances pour leur souffrance

la souffrance est toujours, toujours, un poteau indicateur pour le retour à notre complétude. C’est souvent uniquement quand nous commençons à avoir mal que nous commençons à écouter la vie. Et dans une certaine mesure, nous disposons tous de la quantité exacte de souffrance qu’il nous est nécessaire pour reconnaître qui nous sommes véritablement. Chaque vague est une expression unique de l’océan, et chaque vague souffrira à sa manière unique. Votre souffrance est votre invitation unique au retour à l’océan.

Les circonstances de nos vies ne peuvent jamais vraiment être la cause de notre souffrance, et c’est toujours notre réaction aux circonstances qui crée notre souffrance. Nous souffrons uniquement lorsque nous cherchons autre chose que ce qui est, lorsque nous tentons d’échapper à certains aspects de notre expérience présente ; lorsque nous faisons cela nous nous séparons de la vie et entrons en guerre avec nous-même, avec les autres, parfois d’une manière très évidente, parfois d’une manière beaucoup plus subtile. Notre souffrance est enracinée dans notre mauvaise volonté à simplement ressentir ce que nous ressentons, à expérimenter ce que nous expérimentons ici et maintenant.

La grande liberté réside dans le fait d’admettre la vérité de l’instant, et ce même si elle pulvérise nos espoirs, nos rêves, et nos plans.

Lorsque vous ne cherchez plus à réparer la vie, peut-être à ce moment-là pouvez-vous être d’une grande aide pour la vie. Lorsque vous n’êtes plus en train d’essayer d’être le thérapeute d’autres personnes, peut-être pouvezvous être une grande bénédiction pour eux. Peut-être que la véritable guérison se produit lorsque vous vous mettez de côté.

Peut-être est-ce ce dont la vie a le plus besoin : des gens qui ne voient plus les problèmes, mais qui voient l’inséparabilité entre eux et le monde et qui s’engagent pleinement dans le monde à partir de cette dimension intérieure d’acceptation profonde.

Nous essayons de rentrer à la maison alors que peut-être – simplement peut-être –, sans le réaliser, nous sommes déjà à la maison au cœur même de notre expérience du présent.

Comment le sens de la séparation se manifeste-t-il dans notre expérience présente ? En fait, nous vivons avec l’impression tenace que quelque chose manque à notre vie, n’est-ce pas ? C’est un sentiment de manque, une étrange impression de vide, un peu comme s’il y avait un trou en nousmêmes qui avait besoin d’être rempli, comme si nous n’étions pas assez

bien tels que nous sommes, comme s’il y avait fondamentalement quelque chose qui n’allait pas en ce qui nous concerne. C’est à partir de cette impression fondamentale de vide que nous nous engageons dans le temps et dans l’espace à la recherche de notre véritable maison, à la recherche du repos cosmique, à la recherche du soulagement, à la recherche de la plénitude de tout ce qui est. Nous cherchons une satisfaction, nous cherchons à remplir le vide

En ne nous reconnaissant pas comme l’océan de l’expérience du présent, nous partons à la recherche de cet océan et nous croyons véritablement que nous allons le trouver dans le futur, « un jour ». Nous nous disons à nous-mêmes « je suis incomplet maintenant, mais un jour, lorsque j’aurai trouvé ce que je cherche, je serai complet. ». « Un jour je trouverai l’amour et je serai entier. Un jour je serai spirituellement illuminé et je serai entier. Un jour j’aurai du succès et je serai entier. Un jour je serai riche. Un jour je serai guéri. Un jour ils m’approuveront. Un jour je serai pleinement présent. Un jour je serai pleinement conscient. Un jour je vivrai dans le présent. Un jour je trouverai la paix. Un jour je serai pleinement moi-même. Un jour on me comprendra. Un jour je serai une star. Un jour ils m’aimeront et m’accepteront. Un jour je serai spirituellement évolué. Un jour je serai un père ou une mère. Un jour je serai libre. Un jour je serai heureux. Oui, je serai entier un jour. Mais pas tout de suite. Pas encore. Pas maintenant.

Parfois, il arrive même que nous obtenions ce que nous voulons – la nouvelle voiture, la nouvelle relation, le nouvel emploi, un corps aminci et affermi, la nouvelle expérience spirituelle, la gloire, l’adulation, le succès. Et nous éprouvons une complétude pour un certain temps. Mais rapidement cette impression de vide refait surface, et la recherche redémarre. C’est un peu comme s’il y avait en nous quelque chose de perpétuellement insatisfait de ce qui est ; quelque chose qui veut toujours plus

L’impression fondamentale de manque que nous éprouvons ne peut être dissoute par quoi que ce soit appartenant au temps et à l’espace. Obtenir ce que nous voulons ne résout en rien la question de notre nostalgie primordiale. Et il y a un autre problème, un problème que les bouddhistes ont toujours clairement identifié : dans un monde qui est complètement impermanent, dans un monde de flux et de changement, dans un monde qui est ultimement hors de contrôle, lorsque nous obtenons ce que nous voulons nous pouvons aussi le perdre. Ultimement, il n’existe pas de sécurité dans la vie. Ce qui apparaît disparaît toujours

C’est une belle illusion de croire que les objets, les gens ou quoi que ce soit à l’extérieur de nous-mêmes peuvent faire en sorte que tout aille bien, peuvent nous ramener à la maison. Nous commençons rapidement à adopter la croyance selon laquelle rechercher quelque chose à l’extérieur de nousmêmes permettra finalement d’évacuer les mauvaises pensées, les mauvaises sensations et les mauvaises impressions. Le mécanisme d’être en recherche est mis en place probablement au tout début de la vie d’un enfant. Nous cherchons à l’extérieur de nous-mêmes quelque chose pour faire en sorte que tout aille bien. Peut-être l’attachement à notre mère est-il la première expression de cette recherche

Nous cherchons à nous sentir complet dans le futur tout simplement parce que dans l’instant présent d’une manière ou d’une autre nous nous sentons incomplet. Vous voulez être compris dans le futur ? Cela signifie qu’à un certain niveau vous avez l’impression d’être incompris maintenant. Vous voulez l’illumination dans le futur ? Cela signifie qu’à un certain niveau vous vous sentez non illuminé maintenant. Vous voulez l’amour dans le futur ? Cela signifie qu’à un certain niveau vous ne vous sentez pas aimé maintenant. La question « Que recherchez-vous dans le futur ? » est identique à la question « Que fuyez-vous maintenant ? »

Il est cardinal de comprendre ceci : notre quête de quelque chose d’abstrait dans le futur – illumination, richesse, pouvoir, succès, amour – est toujours profondément enracinée dans la résistance à l’instant présent. Notre quête d’une complétude dans le futur est toujours enracinée dans l’expérience de se sentir incomplet dans le présent. Le sentiment de manque dans l’instant présent est à l’origine de toute notre souffrance et de notre dynamisme de quête. Et c’est dans une acceptation profonde de l’instant présent que ce sentiment de manque peut disparaître.

Lorsque vous serez illuminé, en quoi votre expérience sera-t-elle différente de ce qu’elle est maintenant ? » La réponse qui vient le plus souvent ressemble à quelque chose comme : « Je pense que quand je serai illuminé, ma peur disparaîtra. Je pense que ma tristesse et ma douleur disparaîtront. Je pense que l’illumination éliminera tout ce qu’il y a de mauvais en moi. » En fait personne n’a vraiment envie de devenir « illuminé ». La plupart des gens veulent simplement échapper à un sentiment présent d’insatisfaction, à une tristesse, à une douleur, à une colère, à une frustration, à l’ennui, à un manque d’amour, à l’impression d’être non désiré, au sentiment d’inaccomplissement. Ils veulent simplement mettre fin à leur souffrance. Mais plutôt que de faire directement face à leur souffrance, ici et maintenant, et de voir la complétude au cœur de cette souffrance, ils attendent un événement futur, un état, ou une expérience qui est à venir et qui mettra fin à cette souffrance.

Nous ne voulons pas que la douleur se manifeste, et pourtant elle apparaît. Nous ne voulons pas que la peur apparaisse, pourtant elle apparaît. En raison de notre conditionnement, nous ne voyons pas la douleur, la peur, la tristesse, la colère et toutes sortes d’impressions comme faisant partie intégrante de la plénitude et de la complétude de la vie. Nous avons été conditionnés à voir certaines composantes de notre expérience comme des imperfections, des contaminations, des aberrations, des impuretés, des expressions d’incomplétude. En d’autres termes, on nous a appris, conditionnés – et même plus que conditionnés – à voir certains aspects de notre expérience de la vie comme des menaces à la vie elle-même. Nous croyons que certaines expériences que nous faisons sont antagonistes à la vie et qu'elles ne méritent pas qu’on leur fasse une place. La colère, la peur, la tristesse, l’inconfort, la douleur, nous estimons qu’il ne devrait pas être.

permis de les éprouver. Je les rejette parce que je crois qu’elles ne m’appartiennent pas. Je ne les vois pas comme faisant partie de la complétude de la vie. J’ai la croyance que ces émotions sont dangereuses pour mon bien-être. Et je passe ainsi ma vie à les fuir. Quels aspects de votre expérience vous donnent l’impression de ne pas vous appartenir ? Quelles pensées, sensations, émotions vous semblent fondamentalement étrangères ? Quelles sont celles qui semblent inappropriées, qui ne devraient pas être, qui ne sont pas vraiment vous ? Tout simplement, nous cherchons la pureté, la perfection et la complétude en dehors de l’expérience que nous vivons dans l’instant présent, car nous voyons notre expérience de l’instant présent comme duelle, insatisfaisante, imparfaite, incomplète en un certain sens. Nous cherchons la complétude, car nous ne voyons pas la complétude dans cet instant présent qui se donne. Nous ne voyons pas la complétude dans les pensées, sensations, impressions qui se présentent et nous la cherchons donc dans le futur. Nous devenons des chercheurs de complétude, et nous avons à partir de cet instant besoin d’un futur pour trouver cette complétude.

Le chercheur a toujours besoin de temps pour trouver ce qu’il cherche. L’instant présent devient un moyen pour parvenir à une fin. C’est à cet endroit même que toute la souffrance prend son origine – la perte de l’instant présent, la perte de notre véritable demeure.

Une bonne partie de notre souffrance vient d’une profonde inacceptation des sentiments de détresse, d’impuissance, de faiblesse, d’insécurité et d’incertitude face à l’instant. On pourrait sans doute synthétiser et réduire toute notre souffrance à cette affirmation : Je veux contrôler cet instant, mais j’en suis incapable !

Lorsque vous voyez ce que vous cherchez et quand vous voyez aussi que ce que vous cherchez à éviter est profondément acceptable, cette prise de conscience est alors, dans son essence, la fin de la recherche. Voir est la fin du dynamisme de recherche. Et il n’y a pas d’étape suivante. Aucun « comment » n’est requis

remarquons simplement le fait qu’au cœur de toutes les manifestations de l’expérience de la souffrance, lorsque vous décollez votre attention fixée sur les détails de la situation, fixée sur l’histoire qui est en train de se dérouler, fixée sur les circonstances extérieures, et lorsque vous revenez vraiment à votre expérience présente (le présent des pensées, des impressions, des sensations, du corps), vous trouverez alors toujours un mécanisme de recherche même si ce dernier peut se manifester de façon très subtile. Vous découvrirez toujours qu’il y a quelque chose que vous ne vous autorisez pas à expérimenter complètement, quelque chose qui cherche innocemment à essayer de s’exprimer en vous, mais que vous abordez avec de la peur et de la résistance. Vous trouverez toujours une invitation à accepter profondément cet instant quel que soit le degré d’inacceptabilité que semble revêtir l’instant.

Tout au long de la journée, toutes sortes de pensées, de sensations, d’impressions et de sons apparaissent et disparaissent dans l’océan de la vigilance que vous êtes, que nous sommes. Tout ce qui apparaît dans la vigilance, nous pourrions l’appeler une vague de l’expérience. Une pensée est une vague. Un son est une vague. Une impression est une vague. Toutes ces « pensées-vagues », tous ces « sons-vagues », toutes ces « impressionsvagues » apparaissent et disparaissent dans l’espace grand ouvert de la vigilance, ce vaste océan que vous êtes et que nous sommes tous par essence. Pouvez-vous reconnaître que votre expérience de la vie est toujours la simplicité d’une danse de vagues dans l’instant présent se produisant dans le vaste océan que vous êtes ? (Et pour remplacer le mot océan, je pourrais utiliser le mot conscience, ou vigilance, ou être, ou présence – ou un quelconque autre mot qui vous paraîtrait approprié pour pointer du doigt cette réalité au-delà des mots. J’utilise ces mots de manière interchangeable dans ce livre. Ce que vous êtes véritablement n’a que faire de la manière dont vous le désignez.) Ce que vous êtes, en tant qu’océan, contient simplement toutes ces petites vagues d’expériences qui s’élèvent et disparaissent, naissent et meurent. Les pensées, les sensations, les sons, les impressions vont et viennent en vous. Vous n’êtes pas vos pensées, pas vos impressions, pas vos idées ou vos jugements sur vous-même, pas l’histoire de vos succès ou de vos échecs, ni aucune des sensations et des sons qui apparaissent et qui disparaissent. Et pourtant, ce que vous êtes en tant que vaste espace grand ouvert dans lequel toutes les pensées, sensations, sons et impressions ont la permission d’apparaître et de disparaître, est aussi, d’une certaine manière, inséparable de ces pensées, de ces sensations, de ces sons et de ces impressions. Vous n’êtes pas vos pensées, mais en même temps toutes les pensées ont la permission de venir et de partir dans l’intimité profonde que vous êtes

Remarquons une chose : du point de vue de ce que vous êtes, du point de vue de l’océan, bien que les vagues soient différentes dans leur apparence, elles sont toutes identiques pour ce qui est de leur essence. Elles sont toutes faites d’eau. Et donc, par le biais de cette métaphore, nous pourrions dire que l’océan sait que toutes les vagues sont simplement une partie de luimême. Chaque pensée, chaque impression, chaque sensation qui apparaît en vous est simplement une expression de la danse de l’océan. Des vagues immenses et violentes aux vaguelettes douces : toutes sont faites d’eau. Au niveau ultime, l’océan n’a aucun problème avec toutes les vagues qui apparaissent en lui, car il sait qu’aucune vague ne peut véritablement le menacer dans son identité. Il y a, de ce point de vue, une acceptation profonde de toutes les vagues, une tranquillité au-delà de l’entendement qui vient de la reconnaissance de leur inséparabilité d’avec l’océan. Aucune des vagues de la vie ne peut blesser l’océan que vous êtes. Aucune des vagues de l’océan ne peut vous détruire.

Maintenant nous pouvons voir pourquoi nous résistons à une pensée ou à une impression4 : nous résistons parce que nous ne percevons pas la complétude inhérente et sous-jacente, et parce qu’à un certain niveau nous voyons une menace pour notre identité. Nous résistons par peur parce que nous ne voyons pas l’inséparabilité et l’intimité entre ce que nous sommes et ce qui se produit dans l’expérience du présent. Ainsi, d’une certaine manière, nous ressentons que ce qui est en train de se donner à vivre est inacceptable, et nous tentons de le fuir. Nous mettons en œuvre des manières très complexes de le faire, mais fondamentalement ce que nous essayons de faire est très simple : nous débarrasser des vagues que nous n’aimons pas. Nous voulons contrôler l’océan en contrôlant les vagues et en faisant en sorte que seules les vagues que nous sommes disposés à voir apparaître apparaissent. Toute la souffrance humaine est une variation sur ce thème – une tentative pour contrôler les vagues, pour contrôler notre expérience de l’instant afin qu’elle soit conforme aux idées que nous avons concernant la manière dont cette expérience de l’instant devrait se produire. Si vous voulez souffrir, comparez simplement cet instant avec votre imaginaire qui décrète comment cet instant devrait être.

Nous nous divisons en deux : moi d’un côté, et de l’autre les « mauvaises vagues », les « vagues dangereuses », les « vagues noires » ou les « vagues diaboliques » qui se produisent en moi. Certaines vagues qui apparaissent en moi deviennent des menaces. Et donc nous nous tournons vers le monde, vers la prochaine cigarette, la prochaine rencontre sexuelle, la prochaine pinte de bière, la prochaine extase spirituelle – tout cela pour éviter certaines vagues et pour, ultimement, évacuer cette impression d’incomplétude, ce vide, cette impression de manque au cœur de notre être. Je deviens dépendant (à des amants, à des gourous, à des substances), je m’attache à des systèmes de croyances rigides, ou je me tue au travail – tout cela pour m’empêcher d’expérimenter ce que je suis en train d’expérimenter, de ressentir ce que je suis en train de ressentir –, tout cela pour m’anesthésier de la souffrance inhérente au fait d’être humain.

La possibilité de découvrir la liberté totale et la paix au sein de notre propre expérience ne peuvent voir le jour que si – et seulement si – nous tournons notre attention à 180° en direction des vagues inacceptables que nous fuyons.

L’acceptation n’est pas un but pour le futur ; c’est une réalité toujours déjà présente. Et s’il s’agit d’une grâce, c’est une grâce toujours déjà présente, disponible pour nous tous, à chaque instant. Cette définition révolutionne totalement notre compréhension de l’acceptation et du rejet. L’acceptation ne concerne en rien notre personne, un individu séparé faisant une tentative pour accepter ou pour être dans un état d’acceptation permanente, essayant d’atteindre l’acceptation en la prenant comme un but, essayant de vivre un idéal inatteignable d’acceptation dont gourous et enseignants spirituels feraient la promotion. Ce serait une autre forme de recherche, de quête. L’acceptation consiste à se reconnaître et à se vivre comme étant soi-même l’espace ouvert de l’acceptation, comme étant l’océan qui accepte déjà toutes ses vagues inconditionnellement, ici et maintenant, et y compris les vagues de nonacceptation.

Nous pourrions dire peut-être que toute souffrance prend sa source dans notre aveuglement par rapport à cette acceptation profonde. De ce point de vue, toute souffrance est une invitation à l’acceptation profonde du moment présent. La souffrance, le stress, l’inconfort psychologique ne sont plus des choses mauvaises ou maléfiques qu’il faudrait transcender ou détruire ; mais plutôt des opportunités uniques de voir avec quoi vous êtes encore en guerre, de voir ce que vous êtes encore en train de rechercher. Au cœur de la souffrance vous découvrirez toujours une guerre intérieure ; et il s’y trouvera toujours cet aveuglement vis-à-vis de l’acceptation profonde. La guerre est donc toujours une invitation à retourner à cette acceptation profonde. La souffrance, la douleur pointent du doigt notre maison, notre demeure.

Nous essayons de cultiver en nous-même des qualités telles que l’amour, la paix, l’acceptation, le non-attachement. Nous nous épuisons à essayer d’aimer, à essayer d’accepter, à essayer de nous relaxer, à essayer ne pas juger et de ne pas nous identifier, à même essayer d’arrêter de chercher une fois pour toutes. Mais en découvrant qui nous sommes véritablement, nous en arrivons à reconnaître que ces qualités ne sont pas le résultat des efforts d’un individu séparé, mais sont plutôt naturellement dans la profondeur de notre être, avant que nous nous identifions à une personne séparée. Notre être véritable est naturellement aimant, acceptant, profondément relaxé, toujours en paix, non attaché à une forme en particulier, et ce que nous sommes n’a jamais rien cherché. Cet être véritable est naturellement sans jugements, sans choix, et toujours libre de l’identification. C’est l’océan, toujours en repos même au milieu des orages de la vie, autorisant profondément depuis toujours toutes les vagues sans jugement, sans résistance, et sans attachement.

À quoi ressemble la vie lorsqu’elle est vue à partir de ce lieu d’acceptation profonde, cet endroit de complétude toujours déjà présente ? À quoi ressemble la vie lorsque nous nous reconnaissons être non pas une personne séparée, non pas une vague séparée et incomplète qui cherche sa maison dans l’océan, mais comme l’océan lui-même, l’océan déjà complet, déjà à la maison, quoi qu’il puisse être en train d’arriver ? À quoi ressemble la vie lorsqu’on se sait être le vaste espace ouvert de l’acceptation dans lequel toutes les pensées, toutes les sensations, toutes les impressions, toutes les vagues d’expériences peuvent librement aller et venir ? En vous reconnaissant vous-même comme identique à cet océan, quelle est alors votre relation aux vagues de cet océan ? Sont-elles séparées de qui vous êtes, ou êtes-vous désormais plus intime avec chacune d'entre elles ?

L’enseignant spirituel Nisargadatta Maharaj a eu cette parole très belle : « La sagesse me dit que je ne suis rien. L’amour me dit que je suis tout. Et entre les deux, ma vie s’écoule. » En tant que vaste océan de la conscience, vous n’êtes pas quelque chose en particulier. Vous n’êtes pas un moi ou un vous. Vous êtes le vaste espace ouvert dans lequel tout se produit, et la reconnaissance de ce fait amène clarté et sagesse. Mais la clarté et la sagesse ne sont pas complètes sans leur reflet : l’amour. L’amour vient avec la reconnaissance qu’en tant qu’espace ouvert, qu’en tant qu’océan, ce que vous êtes accepte profondément et inconditionnellement toutes les vagues qui apparaissent – toutes les impressions visuelles, sonores, olfactives, et toutes les sensations qui apparaissent maintenant. Tout est inséparable du rien que vous êtes. Dans vos yeux, tout est béni. La reconnaissance de la sagesse est véritablement incomplète sans la reconnaissance de l’amour.

Des millions de pensées se sont succédé. Toutes sortes d’impressions sont apparues et ont disparu. Mais le sentiment fondamental d’être a subsisté. Pourtant, nous ne pouvons pas vraiment mettre de mots sur ce qu’est cet être profond. On le vit d’une certaine manière comme quelque chose d’intime, quelque chose qui est totalement nous-même tout en étant à la fois quelque chose qui nous dépasse et qui est inconnaissable. Prenez le temps d’être attentif à la texture même de cette expérience d’être vous. Par « vous », je ne veux pas signifier les pensées et les jugements à votre sujet qui vont et viennent, ou bien encore les sensations et les émotions qui elles aussi apparaissent et disparaissent tout au long de la journée. Je ne parle pas non plus des images et des pensées de votre passé ou de vos inquiétudes concernant un futur incertain. Je pointe du doigt quelque chose qui est antérieur à tout cela. Je pointe vers le sentiment d’être, le pur sentiment d’être, ici et maintenant, un sentiment qui est présent depuis votre enfance. C’est un sentiment subtil, mais très vivant, de présence qui ne s’est jamais absentée quels que soient vos accomplissements, quelles que soient vos pertes, quelle que soit la quantité d’intuitions ou d’expériences spirituelles que vous ayez vécues. Je ne parle pas de « vous » en tant qu’état spécial ou en tant qu’expérience. Je ne parle pas d’un moi supérieur, ou d’un moi éveillé, ou d’une version spéciale du moi, mais bel et bien du simple et ordinaire sentiment d’être, à l’instant même. Vous n’avez d’ailleurs même pas besoin de comprendre ce dont je parle pour connaître ce sentiment d’être fondamental. Que vous pensiez ou non comprendre, et même si vous vous sentez confus ou frustré ici et maintenant, remarquez simplement que derrière cette lutte se trouve le simple sentiment d’être. Je pointe véritablement vers quelque chose de très très simple – trop simple pour que notre esprit le comprenne. Vous savez déjà qui vous êtes.

Être ou sentir : Une grande partie de notre souffrance réside dans la présupposition que si nous sentons quelque chose, ou que si nous la sentons trop intensément, ou pendant une durée trop longue, alors nous allons la devenir. Nous présumons que si nous permettons véritablement à l’impression d’être là, elle va s’installer et va finir par nous définir. Une grande partie de notre souffrance repose sur cette superstition ! Ce n’est pas parce que vous vous sentez comme un raté que vous êtes un raté. Ce n’est pas parce que vous vous sentez laid que vous êtes laid. Ce n’est pas parce que vous vous sentez comme une vague que vous êtes défini par la vague. Dans notre inclination à nous définir, à nous distinguer des autres, à maintenir une histoire cohérente nous concernant, nous en venons finalement à refuser d’accueillir des impressions qui entrent en conflit avec ce que nous essayons de maintenir : l’image que nous avons de nous-même ou l’histoire que nous nous racontons à notre sujet. Nous disons « Cette impression c’est moi » ou « Cette impression ce n’est pas moi ». Si je me vois comme une personne belle et attirante, je ne vais pas permettre à une vague d’impressions de laideur d’apparaître.

Je ne peux autoriser aucune vague dans mon expérience qui serait une menace pour l’idée que je me fais de moi-même. Si nous étions capables de contrôler les vagues qui apparaissent, nous serions tout simplement capables d’étouffer toutes les vagues qui ne vont pas dans le sens de l’histoire que nous nous racontons à notre sujet. Mais, ultimement, nous ne contrôlons en rien l’océan de la vie. Malgré nos meilleurs efforts, des pensées et des impressions dont nous ne voulons pas continuent d’apparaître. Nous voulons bannir les vagues laides, effrayantes, douloureuses, inconfortables ; les vagues d’échecs ; les vagues de la faiblesse ; les vagues « d’énergie négative » ; les vagues « sombres », mais nous découvrons en fin de compte que ce n’est pas possible. Elles apparaissent quand même. Nous ne pouvons pas faire taire la moitié de l’océan. La vie de l’océan est libre et sauvage et ne peut être domptée ou réprimée. Pourquoi ne pouvons-nous pas contrôler les vagues ? Pourquoi les vagues dont nous ne voulons pas apparaissent-elles ?

L'inclusion des paradoxes : Tout simplement parce que dans le monde de la dualité, les opposés doivent apparaître ensemble. Il est très important de bien comprendre cette vérité aussi. Notre expérience est en équilibre parfait. Si la beauté existe, il doit y avoir la laideur. Si l’éveil existe, il doit y avoir le non-éveil. Si le fait d’être aimé existe, il doit y avoir aussi le fait de ne pas être aimé. C’est ainsi que se présentent les choses, et ce n’est pas un problème à moins que nous n’entrions en guerre avec la manière dont se présentent les choses, à moins que nous nous placions à contre-courant de l’équilibre de la vie.

Souvenez-vous, ce que vous êtes ne peut en rien se réduire à quelque chose ; ce que vous êtes est la capacité à pouvoir tout ressentir maintenant.

Les choses sont ainsi, et il est totalement naturel de ressentir ces impressions apparemment contradictoires les unes après les autres, et parfois même les ressentir en même temps. Nous n’aimons pas les paradoxes, mais lorsque nous comprenons que nous sommes pour l’essentiel des créatures paradoxales et que tel quel c’est profondément parfait, nous pouvons voir à quel point il est naturel de ne pas ressentir les mêmes choses tout le temps !

C'est pour cela que la flexibilité psychologique est le plus puissant. Au plus nous sommes flexibles, au plus nous nous désidentifions d'un moi fixe. Etat d'esprit fixe = rigidité psycho et etat d'esprit croissance = flexibilité psycho

L’océan qui ne change pas aime s’exprimer en tant que vagues qui bougent tout le temps.

En raison de notre incompréhension de notre véritable nature, nous partons en guerre contre l’unité de toute expérience et nous tentons de geler le flux naturel de la vie – de là découlent beaucoup de frustrations et de souffrances.

Nous sommes en guerre avec les opposés ; nous rejetons tous les opposés qui ne cadrent pas avec notre image de nous-même, et nous ne réalisons pas quelque chose de très important : en réalité, il n’y a pas d’opposés. Les opposés sont une création de l’esprit. C’est uniquement l’esprit qui divise l’expérience en deux pôles, puis qui cherche l’un des deux opposés en essayant d’échapper à l’autre. Voici quelque chose qu’il est véritablement crucial de comprendre : en réalité, les impressions n’ont pas d’opposés. L’énergie dans le corps n’a pas d’opposé. La vie elle-même n’a pas d’opposé. Une impression de laideur est-elle l’opposée d’une impression de beauté ? Ou bien sont-elles deux expériences très différentes, avec des sensations différentes, des goûts différents ? Un sentiment de bonheur est-il l’opposé d’un sentiment de tristesse ? La pensée inclinerait à les voir en opposition, mais en dehors de la pensée, pouvez-vous vraiment trouver des opposés ? En réalité, il n’existe pas une chose telle que l’opposé d’une impression ou d’une émotion. Toutes les impressions, toutes les émotions sont des expériences complètes et à part entière. L’expérience en tant que telle n’a pas d’opposé.

Allons plus profond encore. Non seulement la beauté n’est pas l’opposé de la laideur, mais la laideur est simplement un concept ; un concept inapte à capter l’expérience de l’instant présent. En d’autres termes, si je mets de côté l’histoire qui m’informe que ce que je suis en train d’expérimenter est l’impression de laideur, à quoi ai-je véritablement affaire ? Sans l’histoire qui me dit que ce que je suis en train d’expérimenter maintenant est l’échec, à quoi ai-je véritablement affaire ?

Si j’abandonne toutes les histoires concernant ce qui est en train de se produire maintenant, et que j’arrête d’étiqueter cette expérience avec le mot « échec » en la comparant avec le succès, que j’arrête d’étiqueter cette expérience « laideur » en la comparant avec la beauté, que j’arrête d’étiqueter des expériences avec des mots comme « colère », « peur », « douleur » en les comparant avec leurs opposés conceptuels, comment puis-je alors savoir ce que je suis en train de sentir ? Comme je le disais précédemment, sans l’histoire, vous n’avez aucun moyen de savoir ce que vous êtes en train d’expérimenter. Sans les histoires, sans donner un nom aux vagues, la vie n’est que mouvements bruts d’énergie. C’est l’océan – sans nom et mystérieux. Nous essayons d’étiqueter cette énergie. Nous la jugeons, nous essayons d’y échapper, et nous la constituons en un versant négatif que nous refusons, en opposition avec l’aspect positif que nous nous mettons à rechercher.

Que se passe-t-il lorsque nous abandonnons toutes les descriptions censées correspondre à ce qu’est ou n’est pas cet instant, et qu’à la place de cela nous nous plongeons profondément dans l’expérience de sentir les sensations dans le présent ? C’est à cet endroit que la véritable aventure de la vie commence. Lorsque vous allez au-delà de l’histoire concernant ce que vous êtes en train de ressentir, vous découvrez que vous ne connaissiez en rien ce que vous étiez en train de fuir. À ce moment-là, vous rencontrez l’énergie brute de la vie. Vous vous tenez nu face à la vie – et c’est là la guérison authentique. C’est la disparition de toutes les idées concernant comment cet instant devrait être.

La guerre commence à partir du moment où nous apposons des étiquettes sur les vagues. À l’instant même où nous étiquetons une vague, une expérience, nous mettons en place une vague opposée, et ce même si en réalité les vagues ne possèdent pas d’opposé. Au cœur de chaque étiquette il y a un jugement implicite.

Quelles sont les images de vous-même que vous tentez de maintenir ? Comment voulez-vous être vu ? Heureux, beau, ayant du succès, paisible, bienheureux, éveillé ? Expert ? Enseignant ? Celui qui sait tout ? Celui qui a tout résolu ? Comment ne voulez-vous surtout pas être vu ? Triste, stressé, impopulaire, laid, vivant l’échec ? Quelles sont les images de vous-même inacceptable ? Que voulez-vous ressentir ? Que ne voulez-vous pas ressentir ? Quelles sont les vagues inacceptables dans votre monde ?

D’une manière très étrange – et cela peut sembler un peu fou d’un premier abord –, nous aspirons à être laids, car à un certain niveau nous savons que la laideur fait aussi partie de l’océan, et nous savons aussi que c’est lorsque nous nous autorisons véritablement à nous sentir laids que nous pouvons aussi véritablement nous sentir beaux. Nous n’aspirons pas véritablement à trouver ce que nous cherchons. Nous aspirons à découvrir que nous sommes déjà ce que nous cherchons, et ce même au beau milieu d’impressions de laideur, d’échec, de faiblesse, d’insécurité ou de totale dévastation. Nous aspirons en fait à toutes les choses que nous fuyons – la laideur, l’échec, la peur, la faiblesse, l’insécurité, la dévastation –, car d’une certaine manière nous savons que c’est dans ces choses que la complétude se trouve. Nous aspirons à tout permettre. = inclure VS exclure (nos parts et nos paradoxes pour se sentir complet et unifié)

Toutes les vagues sont permises dans l’océan. Nos idées concernant ce qui est négatif et ce qui ne l’est pas sont complètement dissoutes dans l’espace de l’acceptation profonde. Voulez-vous être beau ? Alors vous devez profondément accepter votre laideur et voir qu’elle est permise au sein de ce que vous êtes. C’est donnant donnant. Vous voulez être fort ? Alors vous devez accepter profondément votre faiblesse et voir que c’est uniquement lorsque vous permettez complètement à toutes vos impressions de faiblesses d’exister qu’une force authentique émerge – une force qui n’est pas en guerre avec la faiblesse. C’est donnant donnant. Voulez-vous du succès ? Alors il vous faut réussir à aimer vos échecs et réaliser que le sentiment d’échec le plus cuisant est autorisé à se manifester au sein de ce que vous êtes. C’est donnant donnant. Voulez-vous être aimé ? Alors vous devez en arriver à accepter toutes les impressions de désamour, ici et maintenant. C’est à cet endroit que vous pouvez découvrir un amour qui n’a pas d’opposé – un amour auquel rien ne peut être opposé. C’est donnant donnant.

Racine de toutes les peurs : la peur de ne pas être aimé : Si vous plongez profondément en direction du cœur de vos peurs les plus profondes et les plus noires – la peur d’être laid, la peur de l’échec, la peur de la pauvreté, la peur de la maladie –, c’est presque toujours la peur de « Je ne serai pas aimé » que vous allez rencontrer dans votre descente. Je serai laid et dans cette laideur je ne serai pas aimé. J’aurai de la douleur et dans ma solitude je ne serai pas aimé. Je serai incomplet, nostalgique, proche de la mort, dans un sentiment d’échec. Notre peur n’est pas vraiment la peur de l’échec, de la laideur ou de la douleur, mais de ce que toutes ces choses peuvent symboliser dans notre monde. Pour beaucoup de gens l’échec est lié à la désapprobation, au rejet, à l’abandon et, en fin de compte, au manque d’amour.

En vous reconnaissant comme l’immensité intérieure dans laquelle tout se produit et en vous connaissant comme la capacité qui permet cet instant, vous pouvez remarquer que toutes les impressions – bonnes ou mauvaises, positives ou négatives – sont déjà profondément permises au sein de ce que vous êtes. Elles sont apparues tout au long de votre vie et c’est la seule preuve dont vous ayez besoin. Cette ouverture totale à toutes les vagues d’expériences est l’amour que vous avez toujours cherché.

Il n’existe pas de chose telle qu’une pensée négative Nous ne ménageons pas nos efforts pour essayer de contrôler nos pensées, n’est-ce pas ? Nous essayons d’avoir des pensées positives, aimantes, gentilles, pleines de compassions, spirituelles et nous tentons de bannir celles qui sont mauvaises, destructrices, méchantes, violentes, pécheresses. Il y a même des pensées auxquelles on ne doit pas penser. Je ne dois pas penser au meurtre. Je ne dois pas penser des mauvaises choses au sujet de ceux que j’aime. Je ne dois pas avoir de jugements. Je ne dois pas penser au sexe. Je ne dois pas penser à ce qui se produira dans le futur. Je ne dois pas avoir de pensées négatives. Je ne dois pas avoir trop de pensées. Je ne dois pas écouter mes pensées. Je dois être éveillé et je dois aussi être libre de la pensée. Essayer de contrôler vos pensées – c’est-à-dire essayer de contrôler les vagues dans l’océan – ne fera que créer une immense souffrance, car ce projet est basé sur une méprise de votre véritable identité.

Si vous avez déjà médité plus que cinq secondes, vous avez déjà probablement remarqué que vous n’aviez pas le contrôle sur l’activité pensante. Vous ne pouvez pas connaître votre prochaine pensée, et ne parlons pas de celles que vous aurez demain. Les pensées apparaissent dans le vaste espace ouvert de la vie. Elles flottent en entrant et sortant du champ de conscience comme des nuages dans le ciel. Même au beau milieu des pensées les plus bruyantes, il y a ici quelque chose de très silencieux – quelque chose qui est profondément en paix.

Et cette chose contemple la pensée dans son apparition et sa disparition. Elle permet à la pensée d’aller et de venir. Vous ne pouvez pas connaître votre prochaine pensée. Vous n’avez même pas le pouvoir de ne pas penser à quelque chose. Lorsque vous essayez de ne pas penser à quelque chose, que se produit-il ? Cette pensée, cette image apparaît, elle le doit. Vous ne pouvez pas ne pas penser à quelque chose. Le simple fait que vous sachiez ce à quoi vous ne devriez pas penser signifie que cette pensée est déjà apparue même si vous ne voulez pas l’admettre, ni à vous-même ni à qui que ce soit !

La réalité est que tout simplement les pensées apparaissent dans le vaste silence que vous êtes, et c’est seulement une autre pensée qui affirme « j’ai pensé cette pensée ! ». Les pensées sont impersonnelles, mais nous croyons que nous en sommes les propriétaires. Une dualité apparaît : une pensée et un moi qui la pense, le penseur de la pensée. Mais il s’agit là d’une supposition, et rien d’autre. En vérité, vous n’expérimentez jamais cette séparation entre un penseur et ses pensées ; vous constatez simplement les allées et venues des pensées au sein de ce que vous êtes. Il n’y a aucun penseur qui pense une pensée ; il y a simplement une pensée qui apparaît dans l’instant. « Je suis le penseur » est simplement une autre pensée !

C’est l’essence de la méditation authentique : simplement se relaxer en prenant du recul dans le vaste espace ouvert dans lequel les pensées vont et viennent en remarquant que nos pensées n’ont rien de personnel.

lorsque nous grandissons, nous sommes tous conditionnés à croire que certaines pensées sont mauvaises, sombres, malades, malsaines, pécheresses, négatives et, chose encore plus importante, que nous sommes les penseurs de ces mauvaises pensées. Il y a certaines pensées qui ne devraient tout simplement pas me traverser l’esprit. Certaines pensées sont fondamentalement inacceptables. Nous tentons alors de toutes nos forces de bannir ces pensées, de les faire partir. Peut-être partons-nous en guerre avec nos pensées en raison d’une autre superstition. Tout comme nous croyons que nous pouvons devenir de manière définitive une chose que nous ressentons et ce d’autant plus lorsqu’il s’agit de quelque chose que nous ressentons pour une longue période ou de manière très intense, nous croyons de manière similaire : « Si je pense à cela, cela va se réaliser. Si je pense à cela, cela va arriver. Si je pense à cela, je vais l’attirer. Si je pense à cela, je vais le devenir. Si je pense à cela mes parents, mon professeur, mon patron, mon gourou, mon conjoint ou Dieu lui-même vont le découvrir, et je serai puni. Si je le pense, les gens sauront que je le pense, et ils me jugeront. Ils me verront pour ce que je suis vraiment, et je serai rejeté par le monde. Je serai vu comme l’être impur et imparfait que je suis. » S’ils découvrent ce que je pense, ils ne m’aimeront pas.

En fait, plus je vais permettre à une pensée d’apparaître, moins il sera probable que je serai tenté de passer à l’acte. Plus j’essaye d’ignorer cette pensée, de la réprimer, de la détruire, plus je rentre en guerre avec moi-même, et plus il est probable que je puisse finir par faire ce que j’ai peur de faire. Plus j’entre en guerre intérieurement, plus il est probable que cette guerre va trouver un terrain d’expression dans le monde.

L’écran ne panique jamais, car il sait que toutes les pensées sont autorisées à être projetées dessus

Nous pourrions dire qu’en cherchant le positif nous en arrivons à créer le négatif. Ils ne peuvent exister l’un sans l’autre. La pensée positive crée de toutes pièces la pensée négative.

idée article : je ne veux pas être heureux, je veux être complet

La vie veut tout, car elle est tout. Peut-être que ce que nous expérimentons comme étant une pensée négative est tout simplement la vie tentant de s’équilibrer elle-même. Lorsque nous écoutons réellement et attentivement la souffrance, elle nous montre toujours ce avec quoi nous sommes encore en guerre. Elle nous montre toujours ce que nous sommes en train de chercher.

Oui, même une identité spirituelle comme « Je n’ai pas d’identité » ou « Je suis personne » peut facilement devenir une autre identité, un autre piège, une autre image que l’on cherche à maintenir, une nouvelle histoire à défendre. Si vous maintenez une histoire de vous-même comme étant personne, vous entrerez secrètement en guerre avec toutes les personnes qui ne marchent pas dans votre combine. Vous pourriez dire des choses comme : « Je ne suis personne, mais toi tu es encore identifié à l’idée d’être quelqu’un », et il y aura un conflit intérieur. La défense d’une image conduit toujours à un conflit et donc aussi à la souffrance – et ce quel que soit le niveau d’éveil spirituel que vous vous imaginez avoir atteint. C’est la souffrance que vivait cette femme qui a été finalement le véhicule pour la faire retourner à la maison. Toutes les images s’effondrent face à la vie. Quelles pensées et quels jugements – qu’ils soient émis par vous-même ou émis par les autres – sont sources de souffrances pour vous ? Quelles sont les pensées que vous percevez comme négatives ? Cette perception peut-elle vous signaler les images de vous-même que vous défendez dans l’instant ? Quand partez-vous en guerre pour défendre la fausseté d’une image de vous-même ? De quelles vagues de l’expérience de la vie tentezvous de vous préserver ? Qu’est-ce que vous refusez d’accueillir ? Vous estil possible de reconnaître que ce que vous ne voulez pas accueillir a déjà été accueilli ? Toutes les souffrances, tous les conflits portent en eux une invitation à cesser de s’identifier à une image et à faire la découverte de l’acceptation profonde au cœur de l’instant présent.

Résumé partie 1 :

À ce stade de notre propos, nous avons exposé les aspects fondamentaux du mécanisme qui nous met en quête, à savoir : Le fait de nous vivre comme des vagues séparées de l’océan et de ne pas voir notre complétude dans l’instant présent, nous fait chercher une complétude dans le futur. L’argent, le sexe, l’éveil spirituel, la gloire, la beauté – qu’est-ce qui dans cette liste symbolise pour vous la fin de la quête ? Nous donnons à de telles choses du pouvoir ; elles semblent avoir le pouvoir de nous donner la complétude. Nous en venons alors à nous mystifier, et à les rechercher, à les suivre, à leur vouer un culte, à nous identifier à elles. Nous devenons dépendants à l’idée d’une complétude dans le futur. Mais nous échouons à trouver ce à quoi nous aspirons véritablement jusqu’à ce que nous découvrions notre véritable identité dans l’instant présent. Nous tentons d’échapper à certaines expériences – la laideur, la faiblesse, l’échec, l’impuissance –, à toutes les expériences que nous estimons être une menace pour notre complétude. Mais ces expériences ne sont en rien une menace à notre complétude. En tant que vagues dans l’océan, elles sont déjà profondément acceptées, et tout ce que nous avons besoin de faire et de prendre conscience dans l’instant de cette acceptation déjà actuelle. Toutes les pensées et toutes les impressions ont parfaitement le droit d’apparaître et de disparaître au sein de notre ultime identité. L’acceptation profonde n’est pas quelque chose que l’on atteint – c’est ce que nous sommes par essence. Ce que nous sommes est cet espace ouvert dans lequel toutes les vagues d’expériences sont autorisées à aller et venir. Cet espace ouvert est inséparable de tout ce qui apparaît en lui. C’est l’océan, inséparable de ses vagues. Il est l’intimité et l’amour que nous avons toujours désiré – une intimité au cœur de notre expérience du présent. En tant qu’espace ouvert, nous ne pouvons être définis par aucune des paires apparentes d’opposés – bon, mauvais ; illuminé, non illuminé. Nous fuyons le négatif, tentons d’atteindre la polarité opposée ; et un autre nom pour cette tentative de fuite s’appelle la souffrance. La souffrance est toujours une invitation à découvrir, au cœur de l’instant, ce que nous n’acceptons pas vraiment, et à voir aussi que ce que nous n’acceptons pas est déjà accepté. En tant qu’espace ouvert, ce que nous sommes n’est pas celui qui cherche ; nous sommes cela même qui voit le jeu de la quête se dérouler sous ses yeux. Nous ne sommes pas une entité incomplète qui essaye de se compléter elle-même dans le temps. Cette fin de la quête n’est pas quelque chose que le chercheur trouvera dans le futur. Nous sommes déjà la fin de la quête, maintenant. Vous êtes ce que vous cherchez, à l’instant même

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