Tu ne veux pas être heureux, tu veux être complet

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Ce que je m’apprête à te partager n’est pas une vérité supérieure.
C’est une fissure.
Un endroit où un peu de lumière est entrée.

Pendant longtemps, j’ai voulu être heureux.
Vraiment.
Je voulais la paix, la sérénité, le lâcher-prise, la clarté… tous ces mots qui sonnent bien dans la bouche mais qui pèsent lourd dans la poitrine quand on ne les atteint jamais.

Je pensais qu’être vivant, c’était réussir à ressentir plus de joie que de peur, plus d’amour que de manque, plus de lumière que d’ombre.

Et puis un jour, j’ai cessé de tenir debout.
Un de ces jours où rien n’explose à l’extérieur… mais où tout s’effondre à l’intérieur.

Ce jour-là, j’ai su que je ne voulais plus être heureux.
Je voulais être complet.


Je l’ai compris en lisant une phrase de Jeff Foster qui m’a traversé de part en part :
“Ce que vous ressentez n’est pas ce que vous êtes.”

J’ai relu deux fois.
Puis trois.
Il y avait là un paradoxe immense, déroutant, dérangeant, mais étrangement libérateur.

Parce que jusqu’ici, je croyais que ressentir de la peur signifiait être peureux.
Que ressentir de la colère signifiait être colérique.
Que ressentir de la tristesse signifiait être cassé.

Je m’étais confondu avec mes sensations.
Avec mes émotions.
Avec mes vagues.

Et j’essayais d’être heureux exactement pour cette raison :
pour échapper à ce que je ressentais.


Mais dans ce livre, il y a une autre idée qui m’a renversé :
nous ne sommes pas ce que nous ressentons, nous sommes l’espace dans lequel ces ressentis apparaissent et disparaissent.
Comme le ciel n’est jamais menacé par ses nuages.
Comme la mer n’est jamais limitée par ses vagues.

Le paradoxe, c’est que plus je cherchais à me sentir bien, plus j'étais mal.
Plus je fuyais la peur, plus elle prenait de la place.
Plus je recherchais la lumière, plus l’ombre se densifiait.

Parce qu’on ne se libère jamais de ce qu’on fuit.
On le rend plus fort.


Il y a dans la vie des paradoxes que l’on ne comprend pas tant qu’on ne les rencontre pas :

Je deviens entier lorsque j'arrête de me réparer.
Je m’apaise lorsque j’arrête de vouloir me calmer.
Je grandis lorsque j’accepte de descendre.
Je guéris lorsque je cesse de vouloir guérir.
Je trouve la lumière en cessant de la chercher.

Et le plus grand de tous :
je deviens complet quand j’arrête de vouloir être heureux.


Car vouloir être heureux, c’est encore vouloir sélectionner.
Choisir la lumière mais pas l’ombre.
L’ouverture mais pas la contraction.
L’élan mais pas la fatigue.
L’amour mais pas la blessure.

Vouloir être complet, c’est tout l’inverse.
C’est cesser l’édition intérieure.
C’est laisser chaque sensation faire son travail sacré, même si ce travail brûle.

C’est l’endroit où le “je n’aime pas ce que je ressens” se transforme en
“je peux le ressentir… et rester vivant.”

Le livre parle beaucoup de cette bascule :
la différence entre sentir et être.
Sentir une émotion, ce n’est pas être cette émotion.
Sentir la peur, ce n’est pas être menacé.
Sentir la tristesse, ce n’est pas être brisé.
Sentir le vide, ce n’est pas être vide.

C’est là que la complétude commence :
quand on réalise que tout peut être ressenti sans que rien ne définisse ce qu’on est.


Et toi, peut-être que tu connais ces contradictions.
Peut-être que tu veux avancer mais que ton ventre se ferme.
Peut-être que tu veux aimer mais que ton cœur a peur.
Peut-être que tu veux t’ouvrir mais que ton corps se protège.

Ce n’est pas une incohérence.
C’est la complétude qui cherche à se dire.

Tu n’as pas besoin d’aller bien.
Tu n’as pas besoin de comprendre.
Tu n’as même pas besoin d’aimer ce que tu ressens.

Tu as juste besoin de le laisser être là.

Parce que tu n’es pas obligé d’être heureux pour être entier.
Mais tu es obligé d’être entier pour goûter à une paix qui ne dépend de rien.

Ce que tu ressens maintenant n’est pas un obstacle :
c’est une partie de toi qui demande à rentrer à la maison.


Ce que tu viens de lire n’est pas une conclusion.
C’est un passage.

Prends un instant pour sentir ce qui vit en toi.
Observe ton souffle, l’espace dans ta poitrine, la texture de ton ventre.
Tu n’as rien à changer.
Rien à retenir.
Rien à améliorer.

Laisse les mots tomber comme une pierre dans un lac, et écoute l’écho qu’ils créent en toi.

Et toi…
quelle part de toi réclame aujourd’hui non pas d’être heureuse,
mais d’être complète ?

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