La guérison des blessures : et si ce n’était pas un objectif… mais une processus vivant ?

Le grand malentendu : croire que la guérison est “là-bas”

Dans la psychologie moderne comme dans la spiritualité populaire, nous avons appris à parler de nos blessures comme d’un projet de construction intérieure :

  • “Je veux guérir mes traumatismes.”
  • “Je veux apaiser mon enfant intérieur.”
  • “Je veux me libérer de mes mémoires.”
  • “Je veux redevenir complet.”

Cet imaginaire crée une vision implicite :
👉 un jour, là-bas, quelque chose se passera et alors… enfin… je serai guéri.

Nous projetons la paix dans un futur hypothétique.
Nous transformons la guérison en événement spectaculaire :

  • une révélation,
  • une séance transformatrice,
  • une libération émotionnelle totale,
  • un avant/après définitif.

Mais ce mécanisme, décrit avec précision dans Le Processus de la Présence, est précisément ce qui nous éloigne de la guérison.

Car vouloir “être guéri plus tard” revient à dire :
👉 “Je ne peux pas être en paix maintenant.”
👉 “Ce que je suis ici n’est pas suffisant.”

Et là commence la blessure la plus profonde :
celle de croire qu’il manque quelque chose au moment présent pour être entier.


La fuite subtile : confondre intégration et réparation

Lorsque nous rêvons d’une guérison future, nous imaginons une sorte de réparation totale :

  • plus de peur,
  • plus de tristesse,
  • plus de honte,
  • plus de réactions intenses,
  • plus de déclencheurs,
  • plus de charges émotionnelles.

Comme si guérir signifiait “ne plus ressentir”.

Or c’est exactement ce que le Processus de la Présence démasque comme une illusion du mental.

👉 Le mental veut éliminer.
👉 Le corps-émotion, lui, veut intégrer.
👉 Et la Présence veut embrasser ce qui apparaît.

Ce que nous appelons “blessures” sont souvent des charges émotionnelles non intégrées, stockées dans le corps depuis l’enfance.
Elles cherchent l’intégration, pas l’éradication.

Guérir ne signifie donc pas :

  • ne plus être touché,
  • ne plus ressentir,
  • ne plus être déclenché.

Guérir signifie :
👉 être assez présent pour laisser se vivre ce qui n’a jamais pu être vécu.


La guérison n’est pas un objectif : c’est une rencontre

Dans la perspective du Processus de la Présence, une blessure n’est pas un problème à résoudre mais une énergie ancienne qui cherche ton attention consciente.

Elle se manifeste à chaque fois que :

  • tu réagis au lieu de répondre,
  • tu te fermes pour te protéger,
  • tu t’anesthésies pour ne pas sentir,
  • tu expliques au lieu de vivre,
  • tu t’observes au lieu d’habiter.

Chaque déclencheur est une porte.
Chaque inconfort est un signal.
Chaque émotion est un passage vers l’intégration.

Ce qui guérit, ce n’est pas “comprendre ce qui s’est passé”.
Ce qui guérit, c’est rester présent avec ce qui se passe maintenant.

👉 La guérison n’est pas un futur.
La guérison n’est pas une victoire.
La guérison n’est pas un état final.

La guérison est une expérience vivante, ici, dans ce moment précis où une sensation demande à être reconnue.


L’intégration : ce qui se produit quand on arrête de contrôler

Michael Brown le rappelle encore et encore :

« L’intégration se produit lorsque nous restons avec ce qui remonte, sans intention de le changer. »

Autrement dit :

  • Ce n’est pas un acte volontaire.
  • Ce n’est pas une technique.
  • Ce n’est pas une performance.

C’est un lâcher-prise du mental qui voulait :

  • comprendre,
  • analyser,
  • réparer,
  • avancer,
  • se débarrasser.

Et c’est un retour du corps qui attend simplement :

  • d’être senti,
  • d’être accompagné,
  • d’être respiré,
  • d’être habité.

L’intégration est un phénomène naturel, aussi naturel que la digestion.
Elle ne demande qu’une seule chose :
👉 la Présence.


Habiter l’instant : la seule vraie guérison

Lorsque nous revenons dans le maintenant, une transformation profonde s’opère.

La question n’est plus :

❌ “Est-ce que je suis guéri ?”
❌ “Quand vais-je enfin surpasser cette blessure ?”
❌ “Quand est-ce que ça arrêtera ?”

La question devient :

“Comment puis-je habiter ce moment avec un peu plus de présence, de douceur et de vérité ?”

C’est dans cette micro-basculade que tout change.

Parce que la guérison n’est pas une modification de ton passé.
C’est une manière nouvelle d’être présent à ce qui en porte encore l’empreinte.


Quand l’instant devient ton lieu de libération

Dans ce nouveau rapport au moment présent :

  • La guérison ne ressemble plus à une explosion spectaculaire, mais à une détente progressive.
  • Les blessures ne disparaissent pas d’un coup, mais se traversent en plusieurs vagues.
  • Les émotions ne sont plus des ennemies, mais des parties anciennes qui reviennent vers toi pour être enfin accueillies.

Ce qui se passe est simple :
👉 Chaque fois que tu restes présent avec une sensation,
tu libères une partie de ton enfant intérieur restée bloquée dans le passé.

Ce n’est pas spectaculaire.
Ce n’est pas glorieux.
C’est intime. Silencieux. Radical.


La fin de la poursuite : là où commence la vraie guérison

Le paradoxe, c’est que :

✨ Plus tu cesses de vouloir " guérir ",
✨ plus tu deviens disponible pour vivre la guérison.

Car tant que tu cherches à atteindre un état futur :

  • tu restes dans le mental,
  • tu évites la sensation,
  • tu repousses l’intégration.

Mais lorsque tu arrêtes de courir et que tu restes ici :

  • l’espace intérieur s’ouvre,
  • la sensation se relâche,
  • l’énergie se dénoue,
  • la mémoire se dissout.

La guérison ne vient pas à toi.
Elle émerge de toi, lorsque tu cesses de la chercher ailleurs.


Conclusion : se retrouver plutôt que se réparer

Tu n’as pas besoin d’un futur où tu seras enfin guéri.
Tu as besoin d’un présent où tu te rencontres enfin.

  • La guérison n’est pas un accomplissement.
  • C’est une façon de respirer ce qui est là.

Et lorsque tu t’autorises à être présent avec ce que tu ressens réellement…

tu découvres quelque chose de bouleversant :

💛 Il y a en toi une part qui ne demande qu’à être reconnue.
💛 Et une autre part qui n’a jamais été blessée.

Les deux n’attendent qu’une chose :
👉 que tu reviennes ici, là où la vie se vit… et où la guérison est déjà en train d’opérer.

Car qui est réellement blessée ? (voir prochain article)

Rituel « Guérison au présent » (15 min)

1) Arriver (2 min)

  • Pose-toi : pieds ancrés, dos long, épaules relâchées.
  • 6 respirations lentes (inspire 4s, expire 6s).
  • Intention courte : « Aujourd’hui, je choisis un geste minuscule qui honore mes valeurs. »

2) Signaux (2 min)

  • Nommer ce qui est là dans le corps (ex. pression sternum 6/10, nuque tendue, souffle court).
  • Nommer l’émotion dominante (ex. peur / honte / colère / tristesse / fatigue / rien de précis).
  • Repérer un besoin pressenti (ex. sécurité, clarté, repos, soutien, respect).

3) Histoires (2 min)

  • Écrire 1–2 pensées automatiques qui tournent (prophétie, règle, jugement) :
    « Je vais me planter », « Il faut tout maîtriser », « Je n’ai pas le droit de dire non »…
  • Défusion immédiate (10s) :
    « Je remarque que la pensée ‘[X]’ est présente » (répéter 3×, sans débattre).

4) Valeur & cap (2 min)

  • Choisis 1 valeur à honorer maintenant (bienveillance / courage / clarté / justice / simplicité / joie…).
  • Formule en 1 phrase :
    « En accord avec [valeur], je vais poser un geste minuscule. »

5) Geste minuscule (≤ 60 s)

Choisis un seul geste faisable tout de suite :

  • Dire « non » avec une phrase courte.
  • Boire un verre d’eau, relâcher les épaules.
  • Écrire une phrase vraie à quelqu’un (ou à soi).
  • Sortir respirer 60 secondes (porte/fenêtre/balcon).
  • Remercier son corps pour un effort (main sur le cœur).
  • Autre micro-acte précis.

Fais-le maintenant (compte à rebours 60s / 3 longues respirations).

6) Accueil après le geste (3 min)

  • Que ressent le corps après ? Qu’est-ce qui s’est ouvert, même infime ?
  • Note 1 observation et 1 micro-apprentissage (ex. « dire non m’a donné 2/10 de détente en plus »).

Raccourcis (10 secondes)

  • Défusion flash : « Je remarque que [pensée] repasse. »
  • Ancrage flash : pieds / souffle / sons proches / vision périphérique.
  • Auto-bienveillance : main sur le cœur + « C’est dur, et je m’accompagne. »

Variantes ciblées (3 cas fréquents)

Anxiété (peur)

  1. Signaux : localisation de la peur dans le corps (0–10).
  2. Histoire : « je confonds hypothèses et faits » → défusion 10s.
  3. Valeur : courage / clarté.
  4. Geste 60s : écrire une action minuscule et la lancer (mail brouillon, checklist 3 points, minuteur 1 min sur la tâche).

Honte / auto-critique

  1. Signaux : chaleur visage, repli, 0–10.
  2. Histoire : « je suis nul » → défusion + reformulation utile (« j’ai raté cette chose »).
  3. Valeur : bienveillance / dignité.
  4. Geste 60s : phrase de douceur (« j’ai le droit d’apprendre ») + micro-réparation (message sincère, ranger 1 objet, corriger 1 détail).

Colère

  1. Signaux : mâchoire/poings, 0–10.
  2. Histoire : « il ne devrait pas… » → défusion + revenir au besoin.
  3. Valeur : justice / respect / vérité.
  4. Geste 60s : respirer + écrire 1 demande claire et respectueuse / poser une limite en 1 phrase.

Challenge 7 jours (2 min/jour + 1 geste)

  • Jour 1 : repérer 3 fois la phrase « plus tard, quand j’aurai confiance… » → la transformer en un geste minuscule maintenant.
  • Jour 2 : 3 scans corporels de 30s (matin/midi/soir) + un relâchement (épaules, mâchoire).
  • Jour 3 : un non honnête (forme courte, respectueuse).
  • Jour 4 : une auto-douceur après une erreur (phrase + mini-réparation).
  • Jour 5 : un acte de cohérence avec une valeur (même minuscule).
  • Jour 6 : 60s d’exposition à une mini-peur (graduée).
  • Jour 7 : écrire 3 preuves que tu as déjà vécu confiance/estime/amour/guérison au présent cette semaine.

Ton kit prêt à imprimer

J’ai préparé une fiche-atelier à cocher pour guider la pratique en 15 minutes (avec cases, espaces d’écriture et pense-bêtes).

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