L’éveil n’est pas un état à atteindre, c’est cesser de rêver à un autre état ici et maintenant

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On nous a vendu l’éveil comme un autre état.

Plus calme.
Plus pur.
Plus haut.

Un endroit intérieur où le mental se tait, où les blessures disparaissent, où le cœur reste grand ouvert quoi qu’il arrive.

Alors on cherche.
On médite.
On respire.
On lit des livres.
On écoute des enseignements.
On “travaille sur soi”, encore, encore, encore.

Toujours avec, en arrière-plan, cette idée silencieuse :

« Un jour, j’y serai.
Un jour, je serai enfin différent. »

Et si tout était à l’envers ?
Et si l’éveil n’était pas changer d’état,
mais cesser de rêver à un autre état ici et maintenant ?


Il y a ces moments que tu connais par cœur.

Cette angoisse qui monte sans prévenir.
Ce vide dans le ventre le soir, quand tout se calme.
Cette jalousie que tu trouves “ridicule” mais qui compresse ta poitrine.
Ce sentiment de ne pas être à la hauteur.
Cette fatigue d’être toi, parfois.

Et le réflexe est rapide, presque invisible :

Tu ouvres ton téléphone.
Tu te fais quelque chose à manger.
Tu lances une vidéo “inspirante”.
Tu te perds dans un projet, un concept, un rêve d’avenir.

Tu ne te dis pas : « Je suis en train de fuir. »
Tu te dis : « Je m’occupe. Je me change les idées. Je prends soin de moi. »

En surface, ça ressemble à de la gestion émotionnelle.
En profondeur, il se passe autre chose :

À chaque fois que tu quittes ce que tu ressens,
tu te quittes toi.

Pendant longtemps, j’ai cru que mon problème, c’était mon état.

Je me trouvais trop sensible, trop anxieux, trop agité.
Je voulais être plus calme, plus clair, plus présent.

J’ai donc cherché des moyens d’y arriver.
Des techniques de respiration, de méditation, d’ancrage.
Des concepts sur l’ego, la conscience, le lâcher-prise.

Je ne voyais pas que je devenais addict à l’idée de changer d’état.

Chaque fois que quelque chose de difficile montait,
je sortais mon arsenal spirituel :

“Je dois me recentrer.”
“Je dois revenir dans la présence.”
“Je dois me mettre dans un meilleur état.”

En apparence, c’était très évolué.
En réalité, c’était la même fuite,
juste habillée de mots plus beaux.

Je ne fuyais plus avec Netflix ou le sucre,
je fuyais avec des pratiques sacrées et des grandes idées sur l’éveil.

Je voulais me débarrasser de ce que je ressentais,
au nom de la spiritualité.


Ce que je n’avais pas compris, c’est que la clé n’était pas dans l’état final.

La clé était dans ma façon de me relier
à ce qui me traversait, maintenant.

Un jour, au milieu d’une énième tempête intérieure,
quelque chose s’est déplacé en moi.

Je venais de passer du temps à lutter contre une vague d’angoisse :
je l’avais analysée, respirée, expliqué, recouverte de concepts.
Rien n’y faisait.

À un moment, épuisé, j’ai lâché.
Pas par sagesse, par fatigue.

Et une phrase a émergé, très simplement :

« Et si, pour une fois, tu arrêtais d’essayer d’aller ailleurs ?
Et si tu restais juste là, avec ce que tu ressens ? »

Pas pour “le transformer”.
Pas pour “le transcender”.
Juste… rester.

Je me suis assis.
J’ai posé une main sur ma poitrine.
Et j’ai laissé être.

La peur, la tension, la chaleur dans le ventre.
Les pensées catastrophes.
L’envie de me lever, de bouger, de faire autre chose.

Je n’ai plus cherché un autre état.
Je me suis contenté de ne plus abandonner celui qui était là.

C’était ça, l’éveil ce jour-là :
pas une extase lumineuse,
mais ce geste minuscule de loyauté envers moi.


Alors, qu’est-ce que ça veut dire, concrètement :

« Rester, avec amour, auprès de ce que tu voulais fuir » ?

Ce n’est pas supporter stoïquement la douleur.
Ce n’est pas se résigner.
Ce n’est pas non plus s’y noyer.

C’est quelque chose de beaucoup plus fin :

C’est sentir qu’une partie de toi brûle, panique, a honte, se sent seule…
et refuser d’en faire un ennemi.

C’est remarquer :

“Une part de moi a envie de disparaître,
une part de moi a envie de manger, boire, scroller, m’évader.”

Et au lieu de lui coller l’étiquette “faible”, “nulle”, “pas spirituelle”,
tu la regardes comme un enfant terrifié qui tire sur ta manche.

Tu ne lui donnes pas forcément ce qu’elle réclame.
Mais tu lui donnes quelque chose d’encore plus précieux :

Ta présence.

“Je te vois.
Je sais que tu souffres.
Et non, cette fois, je ne te laisse pas seul avec ça.”

L’amour, ici, ce n’est pas un grand sentiment lumineux.
C’est la décision silencieuse de ne plus fuir ce qui a le plus besoin de toi.


L’éveil, vu comme un changement d’état, divise ta vie :

  • Il y a les moments où tu te sens aligné, présent, calme → “bien”.
  • Et tous les autres → “problème à corriger”.

Tu passes ton temps à comparer ton expérience du moment
avec une version idéale de toi.
Devine qui perd à chaque fois ?

Toi, maintenant.

L’éveil, vu comme présence aimante à ce que tu fuyais,
change le jeu :

Soudain :

  • ta peur devient un lieu de rencontre,
  • ta jalousie devient un appel à te sentir digne,
  • ta honte devient une demande de douceur,
  • ton vide devient un espace où tu peux enfin te déposer.

Ce n’est plus :
“Comment je me débarrasse de ça ?”
mais :
“Comment je peux rester avec ça,
sans me trahir,
sans me quitter ?”

L’état n’est plus la priorité.
La relation à l’état devient l’essentiel.


Tu n’as pas besoin d’aimer ce qui arrive.
Tu n’es pas obligé d’aimer la douleur, la panique, l’angoisse.

Tu peux juste aimer celui / celle qui traverse ça.

Et ça fait une différence énorme.

Ce n’est pas :
“J’adore être en crise d’angoisse.”
C’est :
“Même en crise d’angoisse, je refuse de me traiter comme un problème.”

Tu peux détester la sensation
et choisir de rester avec la part de toi qui la ressent.

C’est là que quelque chose commence à fondre.
Pas toujours la sensation tout de suite.
Souvent d’abord : la guerre contre toi.

L’éveil, c’est ce basculement où tu cesses de te prendre pour la vague,
et tu te reconnais comme l’océan qui la contient.


Si tu veux goûter à ça, même quelques instants,
tu peux essayer maintenant.

Pense à quelque chose que tu es en train de fuir en ce moment.

Un inconfort diffus.
Un conflit non réglé.
Une fatigue.
Une peur récurrente.
Une envie de tout envoyer balader.

Tu n’as pas besoin d’entrer dans l’histoire.
Juste sentir :

  • Où ça se passe dans ton corps ?
  • Quelles sensations ? Pression, chaleur, vide, tension ?

Là, au moment où ton réflexe serait “vite, autre chose” :

Respire une fois.
Puis une deuxième fois.

Et dis-toi intérieurement :

“Ok.
Là, tout de suite, je ne vais pas me fuir.
Je n’ai pas à aimer ce que je ressens.
Mais je choisis d’aimer celui / celle qui le ressent.”

Rien d’autre.

Ce geste-là, si tu le répètes,
c’est une forme d’éveil bien plus profonde
qu’un état extatique qui ne dure pas.

Parce qu’il se manifeste au cœur de ce que tu vivais déjà,
sans te demander d’être quelqu’un d’autre.


On nous a promis une lumière qui effacerait nos ombres.
Et si la vraie lumière était celle qui reste
quand justement les ombres remontent ?

On nous a dit :
“Tu t’éveilleras quand tu auras dépassé tout ça.”

Et si c’était l’inverse ?

Et si l’éveil commençait exactement
là où tu cesses de dépasser ta douleur
pour enfin t’asseoir à côté d’elle ?

Pas pour t’y complaire.
Pas pour t’y enfermer.
Mais pour la traverser, ensemble,
toi et ta propre présence,
comme on traverse une vague
en sachant qu’il y a un océan dessous qui ne bouge pas.

L’éveil, ce n’est pas changer d’état.
C’est ce “je reste” silencieux,
posé au milieu de tout ce qui bouge,
et qui, un jour, finit par te faire sentir
que tu n’as jamais été abandonné,
sauf, parfois, par toi-même.

Et que ça aussi, maintenant,
est en train de changer. 💫

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