On ne peut être aligné qu'avec la vie

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Pendant longtemps, j’ai cherché à m’aligner.

Je voulais être aligné avec mes valeurs.
Aligné avec ma mission.
Aligné avec mon “vrai moi”.
Aligné avec ma spiritualité, avec ma conscience, avec mon “chemin”.

Je faisais des listes.
Des exercices.
Des bilans.
Je traçais des directions dans ma tête, comme si la vie avait besoin d’être apprivoisée, dirigée, organisée pour enfin “me correspondre”.

Je croyais que l’alignement était une construction.
Une destination.
Une forme précise qu’il fallait atteindre.
Un état intérieur qu’on pouvait obtenir avec assez de discipline, de lucidité ou de volonté.

Et à force de chercher à m’aligner, plus je me sentais… dévié.

Il y avait toujours une tension subtile, quelque chose en moi qui me murmurait :
« Tu n’y es pas encore.
Tu dois faire mieux.
Tu dois comprendre plus profondément.
Tu dois t’ajuster davantage.
Tu dois t’aligner. »

J’étais comme un instrument de musique que je n’arrêtais jamais d’accorder, même quand il sonnait juste.

Puis, un jour, la quête m’a épuisé.
Brutalement.
Physiquement.
Psychiquement.

Ce n’était pas une illumination, juste une évidence douce, presque embarrassante :

On ne peut pas s’aligner avec la vie.
Parce qu’on n’a jamais été séparé d’elle.

Cette intuition a pris de l’ampleur en lisant Jeff Foster.
Il disait :

« Que devez-vous faire de votre vie ?
C’est toujours la mauvaise question.
Attendez et voyez ce que fait la vie. »

Cette phrase m’a transpercé.

Et si je me trompais depuis le début ?
Et si l’alignement n’était pas quelque chose qu’on fabrique… mais quelque chose qu’on reconnaît ?

La vie n’attend pas que je m’aligne pour se vivre.
Elle se vit.
À chaque respiration.
À chaque sensation.
À chaque mouvement spontané.

C’est nous qui voulons la conceptualiser, l’orienter, la forcer à prendre une forme qui rassure notre mental.

On voudrait être en harmonie avec le courant… en nageant contre lui.
On voudrait être aligné… en essayant de décider comment la vie devrait être.

Jeff Foster écrit :

« La vie telle qu’elle se déroule.
L’apparence immédiate, simple et évidente de toute chose.
Tout est là pour être vu. »

Ce n’est pas le mental qui s’aligne à la vie.
C’est la vie qui, à chaque instant, se montre exactement telle qu’elle est.

Le problème, c’est qu’on cherche un alignement imaginaire — un alignement qui correspondrait à nos concepts, nos idéaux, notre vision de ce que “devrait être une vie alignée”.

On veut s’aligner à une idée.
Pas à la vie.

Et aucune idée ne pourra jamais rivaliser avec ce qui est vivant.

L’alignement profond, celui dont Jeff Foster parle entre les lignes, ne consiste pas à se transformer, mais à s’incliner.

À s'incliner devant ce qui est en train d’apparaître.

Quand j’ai commencé à écouter vraiment, je me suis rendu compte :

  • que la respiration se faisait sans moi
  • que les pensées venaient et partaient sans me demander la permission
  • que les sensations apparaissaient spontanément
  • que les émotions me traversaient comme des vagues
  • que le corps vivait sa propre intelligence
  • que la vie, en fait, ne se préoccupait absolument pas de mes plans d’alignement

Et soudain, un espace s’est ouvert.

Un espace sans effort.
Sans direction.
Sans objectif.

Un espace où la vie coulait — exactement comme elle l’a toujours fait — mais que je commençais à reconnaître, peut-être pour la première fois.

Parce que je cessais de résister.

Parce que je cessais de vouloir corriger.
Parce que je cessais de vouloir obtenir autre chose que… ceci.

Jeff écrit :

« Il n’existe aucun chemin qui vous conduira plus près de ceci.
Être est déjà être lui-même, parfaitement. »

Alors bien sûr, une part de moi résistait :
« Oui mais… si je laisse faire, je vais devenir passif. »

Et là encore, Jeff répond :

« Vous dites : “Mais cela n’apportera qu’inaction !”
Ce que je vois, c’est que l’action se produit.
La respiration, le mouvement, sortir du lit, se laver les dents… la vie fait ce qu’elle fait.
Le Mystère a son propre chemin. »

Ça m’a frappé :
ce n’est pas nous qui agissons.
C’est l’action qui apparaît.
C’est la vie qui se meut.
C’est le corps qui répond.
C’est le cœur qui s’ouvre ou se ferme.
C’est la pensée qui jaillit.
C’est la parole qui sort.
C’est la rencontre qui arrive.
C’est la direction qui se trace.

Et nous nous attribuons tout — comme si nous étions le chef d’orchestre.

Alors que nous sommes l’instrument.
Ou peut-être le son lui-même.
Ou peut-être même pas ça.

L’alignement réel n’est pas personnel.
Il est naturel.

Il ne dit pas : “Voilà ce que tu dois devenir.”
Il murmure :
“Regarde ce qui est là.”

À partir de là, j’ai commencé à percevoir l’alignement non pas comme une quête, mais comme un effondrement.

L’effondrement de l’illusion d’être séparé de la vie.
L’effondrement de la croyance qu’il faut “s’ajuster”.
L’effondrement de l’idée que “moi” et “la vie” sommes deux choses différentes.

Le livre dit :

« L’absence d’une personne séparée, solide.
Une large ouverture qui contient tout et n’est séparée de rien. »

Être aligné avec la vie…
c’est finalement reconnaître qu’il n’existe rien d’autre avec quoi s’aligner.

Ce n’est pas un choix.
C’est une évidence.

Déjà là.
Déjà complète.
Déjà présente.

Tu peux croire être décalé.
Tu peux croire être à côté de ta vie.
Tu peux croire être désaligné.

Mais la vie, elle, ne te quitte jamais d’un millimètre.
Le souffle est déjà pris.
Le cœur bat déjà.
Les sensations vibrent déjà.
Le moment t’enveloppe déjà.

Tu es dedans.
Tu as toujours été dedans.
Tu ne peux pas en sortir.

Tout ce que tu peux faire, c’est cesser de lutter contre ce qui est déjà vrai.

L’alignement, alors, devient l’état le plus simple, le plus intime, le plus naturel :
être le témoin de ce qui se vit — sans vouloir que ce soit différent.

Et toi…
peut-être qu’une part de toi se fatigue, elle aussi, d’essayer d’être “alignée”.
Peut-être que tu sens la tension de vouloir corriger ta vie alors qu’elle continue, malgré tout, de se vivre.

Si tu arrêtais juste un instant…
de chercher à t’ajuster ?

Peut-être que tu verrais que tu étais déjà parfaitement…
intimement…
irrémédiablement…

aligné avec la vie.

Depuis toujours.

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