Une Histoire de peur dissoute

C’était une amie de longue date, venue passer quelques semaines à Sarasota pour profiter d’un soleil d’hiver compatissant. Nous avions rattrapé le temps perdu, échangeant des nouvelles de nos vies, des enfants, des projets, mais aussi des épreuves. Elle m’avait parlé de son diabète, de ses traitements, et des angoisses qu’ils lui apportaient. Elle m’avait raconté comment ces préoccupations occupaient chaque recoin de son esprit, rongeant son énergie jour après jour.

Alors que nous étions assises à la table, elle posa sa tasse, et un silence s’installa entre nous. Lorsqu’elle leva les yeux vers moi, quelque chose avait changé dans son regard. Ce n’était plus la même étincelle de joie qui brillait dans ses yeux. Un voile de doute semblait les recouvrir, et sa voix, lorsqu'elle rompit enfin le silence, était plus basse, plus grave.

« Tu m’as dit un jour que pour ressentir la paix intérieure, il faut abandonner l’espoir. » Elle marqua une pause, comme si ces mots la brisaient un peu. « Mais l’espoir… C’est tout ce que j’ai avec mon diabète. Si je perds espoir, il ne me restera plus rien. »

Je ne répondis pas tout de suite. Je laissai le silence se poser entre nous, comme un voile léger. J’avais bien compris que ses mots venaient d’un endroit profond, d’une peur qu’elle n’osait pas nommer. Finalement, je pris une profonde inspiration.

« Qu’est-ce qui te choque dans l’idée du Vide ? » demandai-je doucement, tout en la regardant dans les yeux.

Elle me fixa, incrédule, et secoua la tête comme si elle ne comprenait pas. « Mais… si je n’ai rien, je… je perds tout ce que je suis ! Le simple fait de penser à ça, je me sens comme abandonnée, comme si j’étais vide. »

Je sentis une vague de compassion me traverser, mais je ne dis rien. Elle semblait comme ratatinée sur elle-même, comme si un abîme s’ouvrait en elle, qu’elle avait peur de regarder.

« Abandonner l’espoir, » murmura-t-elle d’une voix faible, « c’est abandonner la vie ! »

Je la regardai en silence pendant un moment. Puis, avec douceur, je lui proposai une expérience.

« Faisons une petite expérience, si tu veux bien, » dis-je. « Mais tu dois me faire confiance et faire exactement ce que je vais te dire de faire. »

Elle hésita un instant, puis hocha la tête, visiblement inquiète, mais prête à tenter quelque chose de nouveau.

« Ferme les yeux. » Je lui souris. « Pose tes mains sur la table, et laisse-toi aller. Ferme les yeux complètement, et sois attentive à ta respiration. »

Elle ferma lentement les yeux, hésitante, ses mains tremblant légèrement sur la table. Elle lutta un instant contre un tressaillement involontaire. Derrière ses paupières, je pouvais voir ses yeux bouger, cherchant à fuir l’obscurité qu’elle s’imposait.

« Abandonne toute idée d’espoir, » continuai-je. « Laisse le vide prendre sa place. Que ressens-tu, maintenant ? »

Au début, il y eut un long silence. Puis, d’une voix inquiète, elle répondit :

« Je me sens effrayée… très mal à l’aise. Je n’aime pas ça. Je ne veux pas perdre espoir. »

Je souris, l’encourageant doucement à persévérer. « C’est normal. Laisse la peur se montrer, et observe-la sans fuir. Regarde-la dans les yeux. Et pendant que tu l’observes, tu verras qu’elle changera. »

Elle prit une grande inspiration et, après un moment de silence, répondit avec hésitation :

« La peur… elle est plus forte, elle grandit, je veux ouvrir les yeux, mais je continue… maintenant, c’est comme un brouillard, une ombre qui se dissipe un peu. »

Je sentis une légèreté s’installer en elle. « Continue d’observer cette peur, encore un peu. »

Quelques instants passèrent. Je remarquai un changement dans sa respiration. Plus lente, plus calme. Puis elle dit :

« Maintenant… je ne ressens plus rien. » Elle ouvrit les yeux, les sourcils légèrement froncés, étonnée. « Mais… comment ça se fait ? Je ne ressens plus de peur. C’est comme si tout s’était dissipé. »

Je lui souris, touchant doucement sa main. « Le vide n'est pas un endroit de souffrance, comme tu le pensais. Il est simplement l’espace où la paix existe, sans condition, sans projection. La peur est une ombre, et comme toutes les ombres, elle se dissipe lorsqu'on la regarde en face. »

Elle resta silencieuse un moment, les yeux brillants, comme si quelque chose de profond s'était allumé en elle. « Je me sens… tellement en paix, » dit-elle finalement, surprise par elle-même.

Je hochai la tête. « C’est la paix qui est toujours là, même si tu ne la vois pas. Les émotions négatives, la peur, l’espoir… ce sont des ombres qui prennent vie dès que tu les fuies. Mais si tu les observes, elles se dissipent. La paix est toujours là, en toile de fond. Tu n’as jamais été vide, tu as simplement eu peur du vide. Mais le vide n’est pas une absence, c’est un espace de sérénité. »

Elle ferma les yeux un instant, comme pour savourer cette nouvelle sensation. Puis, tout à coup, un large sourire se dessina sur son visage. « Mais… qu’est-ce qui vient de se passer ? » demanda-t-elle, l’air à la fois curieux et émerveillé.

Je souris, la regardant dans les yeux. « La peur, l'espoir, et toutes les illusions qui t'ont envahie… elles ne sont que des projections. La paix, le calme, l’amour, tout cela est déjà là, à l’intérieur de toi. »

Elle hocha la tête, une nouvelle lueur dans les yeux. « Le diabète ne va pas disparaître. Mais sans espoir, je peux vivre cette situation en paix. C’est incroyable. »

Et alors qu’elle se levait de la table, je savais qu’elle avait compris quelque chose d’essentiel. La paix n’est pas une quête extérieure, ce n’est pas quelque chose que l’on trouve en atteignant un objectif ou en s’accrochant à un espoir. La paix est en nous, dans chaque instant, juste au-delà des peurs et des illusions. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous tourner vers elle et d’abandonner nos attentes.

Voici un protocole inspiré de cette histoire pour se libérer des émotions négatives et accéder à la paix intérieure :

  1. Reconnaître et accepter l'émotion :
    • Asseyez-vous dans un endroit calme et fermez les yeux.
    • Concentrez-vous sur ce que vous ressentez sans jugement. Nommez l’émotion principale (par exemple : peur, tristesse, anxiété).
    • Engagez-vous à ne pas fuir l’émotion, mais plutôt à l’accepter comme une expérience momentanée.
  2. Se tourner vers l'émotion, sans distraction :
    • Respirez profondément et doucement. Abandonnez l’idée de chercher une "solution" immédiate.
    • Imaginez que vous "regardez" directement cette émotion comme si vous observiez un objet. Prenez conscience de sa présence en vous, sans chercher à la diminuer.
  3. Observer l'émotion attentivement :
    • Continuez de "regarder" l’émotion en vous, sans détourner votre attention.
    • Laissez-la prendre la place dont elle a besoin dans votre conscience, et notez ce qui se passe. Parfois, l’émotion devient plus intense, mais continuez simplement à l'observer sans résistance.
  4. Noter le changement de l'émotion :
    • En observant l'émotion, vous remarquerez peut-être qu'elle commence à se transformer. Elle peut s’atténuer, changer de forme, ou même sembler se dissiper.
    • Prenez note de cette transformation, comme si l’émotion devenait une ombre qui se dilue dans la lumière de votre conscience.
  5. Observer le "vide" qui reste après l’émotion :
    • Quand l’émotion s’estompe, concentrez-vous sur le calme ou le vide qui reste en vous.
    • Prenez le temps de ressentir cette paix, en vous rappelant qu’elle est là, libre de toute condition extérieure.
  6. Intégrer cette paix dans votre quotidien :
    • Rappelez-vous que ce calme est toujours présent en vous, même si des émotions surgissent temporairement.
    • Reconnectez-vous à cet espace intérieur chaque fois que vous en ressentez le besoin. La paix est toujours accessible, indépendamment des circonstances.

En répétant régulièrement ce processus, on découvre que la paix intérieure est toujours là, sous les émotions. Elle ne dépend pas de l’espoir ou d’une solution extérieure ; elle est présente en nous à chaque instant.

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